Fumer, un réflexe pavlovien

Un jour, votre cerveau a appris à fumer. Aujourd’hui, il peut tout à fait apprendre à cesser de fumer. Si les rouages du conditionnement mental et le fonctionnement d’une “envie” vous intéressent, voici un éclairage au croisement de la psychologie et des neurosciences.

Un jour, votre cerveau a appris à fumer. Aujourd’hui, il peut tout à fait apprendre à cesser de fumer. Si les rouages du conditionnement mental et le fonctionnement d’une “envie” vous intéressent, voici un éclairage au croisement de la psychologie et des neurosciences.

Les chiens de Pavlov

Ivan Pavlov, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1904, a été le premier à décrire une des lois fondamentales de l’apprentissage. Elle a été illustrée par son expérience aujourd’hui connue sous le nom de “chiens de Pavlov”. 

Le scientifique a fait le test suivant : systématiquement sonner une cloche avant de nourrir ses chiens. Au bout de quelques temps, les chiens se sont mis à saliver dès qu’ils entendaient ce son, s’attendant à recevoir de la nourriture. Cette expérience a démontré l’association mentale entre deux stimuli : la cloche et la nourriture. Il s’agit de l’une des formes les plus simples d’apprentissage, et qui porte depuis le nom de “conditionnement classique pavlovien”. Elle est présente chez tous les animaux, y compris chez les êtres humains. Et c’est exactement ce qui se passe lorsqu’on évoque notre plat préféré. Il suffit à notre cerveau de l’imaginer pour en avoir l’eau à la bouche : il a appris que notre plat préféré et la sensation de plaisir étaient associés.

De la même manière, parce que le cerveau du fumeur a associé les moments de convivialité avec la cigarette, dès que le fumeur partage un moment convivial, le réflexe de fumer s’impose machinalement. Il s’agit là d’un conditionnement pavlovien.

Le célèbre "café clope", un des réflexes pavloviens les plus répandus.
Le célèbre "café clope", un des réflexes pavloviens les plus répandus.

UNE EXPÉRIENCE EXPLIQUÉE PAR LES NEUROSCIENCES

Des années plus tard, les neurosciences ont observé biologiquement ce principe de conditionnement. Une expertise collective de l’INSERM (1)  a notamment mis en lumière ce qui se passe dans le cerveau lorsqu’il y répond. Dès que le cerveau pense à quelque chose qu’il s’est habitué à considérer comme une récompense (la petite cigarette, la friandise, le bon verre de vin, la séance de shopping…), il augmente la libération de dopamine (la fameuse “hormone du plaisir”) avant même d’obtenir cette récompense. Exactement comme les chiens de Pavlov se mettent à saliver au simple son de la cloche, avant même d’obtenir la nourriture.

Au moment où le cerveau perçoit un signal annonçant l’arrivée d’une récompense, il sait qu’une satisfaction est à la clé. Mais si ce signal n’est pas suivi de cette récompense… alors cela déclenche une frustration. 

C’est précisément ce qui se passe dans le cerveau du fumeur : parce qu’il a associé certaines situations au fait de fumer, la seule apparition d’une de ces situations (la pause au travail, la fin d’un repas, un apéro entre amis…) agit comme un stimulus déclenchant une envie compulsive de tabac. Les études affirment que l’influence de ces conditionnements psychologiques est encore plus importante que l’attachement physiologique aux substances toxiques de la cigarette.

ET SI NOUS NOUS CONDITIONNIONS POUR CE QUE NOUS DÉSIRONS VRAIMENT ?

Arrêter de fumer, c’est donc se déconditionner de certaines associations d’idées (plaisir = cigarette, détente = cigarette, réconfort = cigarette, compagnie = cigarette…), pour se conditionner à de nouvelles façons de déclencher du plaisir, ou du calme, ou du réconfort…

Parce que l’hypnose facilite l’apprentissage en stimulant la plasticité cérébrale et en agissant sur les mécanismes inconscients, elle est efficace pour poser les bases d’un quotidien fait de nouvelles habitudes : un quotidien non-fumeur !

  1. Tabac, comprendre la dépendance pour agir, Expertise collective, Inserm, 2004.