La plasticité cérébrale

À n’importe quel âge de la vie, nous sommes capable d’apprendre, d’acquérir de nouvelles compétences et de développer de nouvelles habitudes. En neurosciences, c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, ou neuroplasticité. C’est le processus par lequel notre cerveau forme de nouveaux chemins neuronaux, en fonction de nos expériences.

À n’importe quel âge de la vie, nous sommes capable d’apprendre, d’acquérir de nouvelles compétences et de développer de nouvelles habitudes. En neurosciences, c’est ce qu’on appelle la plasticité cérébrale, ou neuroplasticité. C’est le processus par lequel notre cerveau forme de nouveaux chemins neuronaux, en fonction de nos expériences.

UN PEU D’HISTOIRE

L’observation de la plasticité cérébrale ne date pas d’hier. Dès la fin du XIXème siècle, des chercheurs réputés (1) évoquent déjà cette notion de plasticité cérébrale. Ils affirment que tout apprentissage nécessite une création ou un remodelage des connexions neuronales. Autrement dit, ils mettent à jour le fait que notre cerveau n’est pas une structure figée, mais bien un système malléable… Et en parallèle, le comportementalisme — avec la célèbre expérience des chiens de Pavlov — démontre qu’un individu peut acquérir de nouveaux réflexes en associant deux stimuli entre eux. Ce “conditionnement pavlovien” met en évidence la capacité d’apprentissage de notre cerveau, soit la plasticité cérébrale.

HYPNOSE : SON EFFICACITÉ SUR LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE

Il a été prouvé — dans le domaine de la rééducation physique notamment (2) — que visualiser mentalement un mouvement, sans pouvoir le faire physiquement, permet d’activer les régions cérébrales impliquées dans l’exécution de ce geste. En état d’hypnose, le cerveau va encore plus loin. Il réagit comme s’il vivait vraiment les choses (3). Et c’est de cette manière que l’hypnose stimule concrètement la plasticité cérébrale et permet d’acquérir plus rapidement de nouveaux apprentissages.

“Revivre” plutôt que “se remémorer”. Évocation d’un souvenir agréable sous hypnose. (P. Maquet, S. Laureys, M.E. Faymonville, Biol Psychiatry 1999 ; 45 : 327)
“Revivre” plutôt que “se remémorer”. Évocation d’un souvenir agréable sous hypnose. (P. Maquet, S. Laureys, M.E. Faymonville, Biol Psychiatry 1999 ; 45 : 327)

2 POINTS À RETENIR SUR LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE

Le premier point, c’est que le cerveau adore ses petites habitudes.
Dès que possible, il emprunte les mêmes chemins neuronaux, bien ancrés, qu’il connaît par cœur. Dans son mode de fonctionnement, notre cerveau ne va pas favoriser une habitude parce qu’elle est considérée comme bonne, mais parce qu’elle est connue, rodée, bien installée. C’est pour cela que certaines habitudes nocives persistent — comme fumer par exemple — bien qu’on sache pertinemment qu’elles nous font du mal. Notre cerveau connaît parfaitement le chemin pour y accéder, et l’emprunte avec aisance.

Et le deuxième point, c’est que ce processus de plasticité cérébrale est dynamique, malléable. Rien n’est figé.
Quel que soit notre âge, on peut modifier nos anciennes habitudes et en mettre de nouvelles en place. En reproduisant de manière répétée quelque chose de nouveau, le cerveau va l’apprendre et moduler ses chemins neuronaux qui, par la suite, seront eux aussi empruntés par le cerveau avec aisance. Ci-dessous, la vidéo illustre cette action, où des neurones créent de nouvelles connexions entre eux.

3 PISTES POUR FAVORISER LA PLASTICITÉ CÉRÉBRALE

“À chaque jour suffit sa peine”
Une habitude à la fois. Vous éparpiller sur tous les fronts est un risque de perdre en efficacité et de provoquer du stress. Au final, rester concentré sur une habitude à changer pourrait même vous faire gagner du temps.

“Rome ne s’est pas faite en un jour”
Soyez patient ! Prenez le temps de montrer à votre cerveau ces nouvelles habitudes que vous voulez faire vôtres, en les répétant. Exactement comme si vous preniez le temps d’enseigner à quelqu’un quelque chose qui vous aimez particulièrement. Plus vous prendrez du plaisir à le faire, plus votre motivation sera grande, et plus vite cette nouvelle habitude trouvera sa place dans votre quotidien.

“La nuit porte conseil”
Veillez à la qualité de votre sommeil. Il a été démontré que le sommeil permet de renforcer les connexions cérébrales, de doper les capacités mentales et de consolider les acquis, en transférant les informations stockées dans l’hippocampe vers le cortex préfrontal. Bien dormir est donc vital !

Et le tout premier pas pour changer une habitude ancrée depuis longtemps, c’est probablement de bien réaliser que votre cerveau est fait pour apprendre. Donc, par nature, vous en êtes tout à fait capable.

  1. Tels que le psychologue américain William James, les psychiatres italiens Eugenio Tanzi et Ernesto Lugaro, ainsi que le neuroscientifique espagnol Santiago Ramón y Cajal, prix Nobel de médecine et de physiologie en 1906.
  2. Cette efficacité de l’imagerie mentale a notamment été mis en évidence lors d’accompagnements de personnes en rééducation post-AVC (Lebon, 2012 ; Liu, 2014 ; Bajaj, 2015).
  3. Les progrès de l’imagerie médicale ont permis d’observer les aires cérébrales activées en constatant la réactivité et la modification du fonctionnement cérébral, à l’IRM et au PET-scan (Faymonville M.-E., Joris J., Lamyl M., Maquet P., Laureys S., Hypnose : des bases neurophysiologiques à la pratique clinique, Conférences d’actualisation de la SFAR, Société Française d’Anesthésie et de Réanimation, 2005, et Comment l’hypnose agit sur le cerveau, La Recherche, n°392, 01/12/2005).