Stress et cigarette : quand le tabac joue sur votre humeur

Pour la grande majorité des fumeurs, griller une cigarette permet de décompresser et de faire retomber momentanément le stress. Pourtant, lorsqu’on observe de quoi est faite la cigarette, et son action sur le mental, c’est pratiquement le contraire…

Pour la grande majorité des fumeurs, griller une cigarette permet de décompresser et de faire retomber momentanément le stress. Pourtant, lorsqu’on observe de quoi est faite la cigarette, et son action sur le mental, c’est pratiquement le contraire…

Regarder ce que contient une cigarette n’a jamais poussé quiconque à arrêter de fumer. En tant que fumeur, on est même plutôt tenté de fermer les yeux là-dessus. Néanmoins — au risque de donner des airs de revue médicale à cet article — il est intéressant d’y jeter un oeil pour comprendre un peu mieux le véritable lien entre stress et cigarette. Concrètement, qu’est-ce qui procure cette sensation de détente ? Y a-t-il une substance présente dans la cigarette qui la crée ?

Des composants anti-déprime ?

Quand on regarde de plus près la liste des substances qui composent une cigarette, on peut déceler la présence d’IMAO (1). Ce sont des molécules présentes dans certains antidépresseurs. On pourrait donc croire que ce sont elles qui permettent au fumeur de se détendre. Et pourtant, il n’en est rien. Les recherches à ce sujet concluent que leur quantité par cigarette est tout bonnement insuffisante. 

Fumer une cigarette ne revient pas à avaler un comprimé d’antidépresseur, pas même un comprimé au plus faible dosage, loin de là.

Alors pourquoi ces IMAO sont-ils présents dans la cigarette ? Parce qu’ils ont la capacité de soutenir l’action de la nicotine en ralentissant la dégradation de dopamine. Un savant mélange concocté par les industriels du tabac pour renforcer votre attachement à la cigarette… D’ailleurs, en parlant de nicotine, est-ce que c’est elle qui vous calme ? Figurez-vous que non.

La nicotine est un excitant, au même titre que la caféine. Elle impacte le système nerveux central, augmente les pulsations cardiaques et perturbe l’activité neuronale, entraînant nervosité, angoisse, impatience et excitabilité.

N’oublions pas que la nicotine est également utilisée en tant que pesticide, très efficace contre les insectes et les champignons, pesticide suffisamment toxique pour que son usage soit interdit en France. Pour conclure, la nicotine ne vous détend pas, c’est même plutôt le contraire !

L’œuf ou la poule ?

Parmi les nombreux médicaments qui sont en vente, on sait que certains peuvent avoir des effets indésirables sur le mental, comme une irritabilité ou un épisode de déprime. Quand on considère tous les produits nocifs qui composent une cigarette (pas moins de 4800 dont 93 officiellement reconnues cancérigènes), il est hautement probable que la cigarette, elle-même, produise des effets sur votre état d’esprit. Ce n’est peut-être pas un hasard si des études (2) ont montré un plus grand nombre de dépressions chez les fumeurs.

On pourrait à juste titre se poser la question : est-ce parce qu’on est stressé qu’on fume ? Ou est-ce parce qu’on fume qu’on est stressé ?

Si on s’intéresse encore à ce qui se passe biologiquement, une partie de la réponse est apportée en observant ce que fumer provoque au niveau cérébral. La cigarette prive le cerveau d’oxygène de manière répétée — c’est ce qu’on appelle une hypoxie chronique. Cela perturbe l’équilibre des neuromédiateurs et donc, l’équilibre de l’humeur…

Qui n'a jamais eu mal à la tête lorsqu'il a trop fumé ?
Qui n'a jamais eu mal à la tête lorsqu'il a trop fumé ?

La cigarette est bel et bien à l’origine du stress qu’elle est supposée réduire

Bien évidemment, cela ne veut pas dire qu’arrêter de fumer élimine tout le stress du quotidien — toute personne, qu’elle fume ou non, est (ou peut être) sujette au stress. Mais arrêter de fumer, c’est se débarrasser d’une source évitable de stress : celle causée par la cigarette. Que ce soit le stress physique dont nous venons de parler, ou le stress psychologique que tout fumeur connaît parfaitement : lorsqu’il doit ne jamais être à cours de cigarettes, qu’il lui faut absolument trouver un tabac ouvert, ou lorsqu’il est convaincu de ne pas pouvoir tenir s’il venait à en manquer…

Et pourtant... "elle" me calme

Le fumeur ne ment pas lorsqu’il a l’impression que la cigarette le calme et lui offre un moment de détente. C’est sincèrement de cette façon qu’il le vit, même s’il prend conscience que la cigarette ne déstresse pas et ne résout aucun problème. Accompagner un fumeur vers une vie sans tabac, c’est mettre un terme à ces situations paradoxales — qu’il juge souvent lui-même comme “absurdes” — en mettant en évidence la relation presque affective qu’il entretient avec sa cigarette, et quel rôle elle joue dans sa vie.

En tant qu’hypnothérapeute, j’ai axé mes recherches sur les troubles addictifs mais aussi sur les troubles anxieux. J’accompagne régulièrement des personnes souffrant d’anxiété et de peurs excessives. Mon expérience dans ce domaine a certainement orienté mon accompagnement en sevrage tabagique autour de la gestion des émotions, pour que “arrêt du tabac” soit synonyme de “prise de confiance”.

  1. Abréviation pour “inhibiteurs de la monoamine oxydase”
  2. De nombreuses études mettent en évidence le lien entre tabagisme et dépression, notamment McClave et al. (2009), Fergusson et al. (2003), Klungsay O. et coll. : Am. J. Épidemiol. (2006). Cette dernière, réalisée en Norvège, s’est intéressée à l’hygiène de vie et à la santé mentale de 2014 sujets adultes, une première fois en 1990, puis une seconde fois chez 1190 d’entre eux en 2001. Les cas de dépression apparus au cours de cette période de 11 ans ont été répertoriés. Il en ressort que la dépression a été 4 fois plus fréquente chez les fumeurs que chez les non-fumeurs. En outre, une relation entre le nombre de cigarettes consommées par jour et le risque de dépression a été observé : plus l’intoxication tabagique a été forte, plus le risque de dépression a été accru, plaidant ainsi fortement en faveur d’un lien de causalité.

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